Un Nours en Liberté


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Designer graphique et sérigraphe nantais indépendant, Nours n’hiberne jamais. N’est pas casanier. Et en plus il est artiste. Immersion dans son milieu naturel.

« Nours ». Une identité artistique qui se solidifie d’année en année. Jean-Philippe, de son vrai nom, s’est approprié ce pseudonyme. Un ancien surnom attribué pendant sa pratique du graffiti, au fur et à mesure de ses expériences dans le street-art. Nours appartient à la catégorie des privilégiés qui connaissent les joies et les inconvénients de travailler chez soi. Il avance à son rythme tout en s’imposant des contraintes de temps. Une pièce de son appartement est partiellement dédiée à son activité de sérigraphe qu’il maîtrise depuis de nombreuses années. Avant de pénétrer dans sa tanière, nous avons essayé de nous représenter à quoi pouvait bien ressembler un atelier de sérigraphie. Des explosions de couleurs encore toutes fraîches sur le papier peint ? Un amoncellement de brouillons, d’ébauches qui s’étendent à perte de vue ? Tout le contraire. Notre imagination ne s’attendait pas à rentrer dans un atelier soigneusement rangé. Tout son matériel est entreposé dans des casiers, ses étagères sont remplis d’ouvrages consacrés à ses pratiques artistiques. La disposition de l’éclairage est aussi un élément à prendre en compte. Et il faut l’admettre, son mur blanc est impeccable, pas une éclaboussure n’entachera sa réputation.

Sur le territoire de Nours

Chez lui, on apprécie immédiatement l’aspect artisanal de son métier. La seule machine présente dans son atelier est son Mac, duquel s’échappe de la musique pop. Une démonstration s’impose rapidement. Il récupère un typon représentant un maneki-neko, cette statuette traditionnelle japonaise qui est réputée porte-bonheur. Son travail est méthodique, minutieux, sa dextérité est impressionnante. « Cela demande du savoir-faire ». Il abaisse les charnières, dépose le typon puis applique l’encre d’un geste sûr. Il le reconnaît, la sérigraphie artisanale est parfois contraignante, particulièrement en terme d’espace (son atelier côtoie son bureau), mais tout est une affaire d’optimisation : il est d’ailleurs obligé de faire sécher ses œuvres sur son lit.

Avant d’en arriver là, Jean-Philippe a reçu une formation d’arts graphiques et de (web)design à l’Ecole Brassard de Nantes jusqu’en 2009. Il décide ensuite de s’envoler pour le Canada et crée un atelier de sérigraphie à Montréal avec un ami. Les découvertes artistiques s’enchaînent pendant trois ans. Là-bas, il décroche son premier travail dans une imprimerie grand format : « c’est chiant mais cela ouvre des portes ». Avoir de l’expérience est primordiale, « le métier, tu l’apprends après ». La création d’une identité visuelle est un impératif dans le milieu : la pratique du graffiti a d’abord été un moyen d’expression formidable afin de se faire connaître. De retour en France, il participe à plusieurs ateliers créatifs à la Maison des Arts de Saint Herblain et continue d’afficher son talent sur les murs de Nantes, le nouvel eldorado des sérigraphes.

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La méthode Nours

La sérigraphie est pour lui un moyen de finaliser ses dessins. Nours possède une démarche artistique personnelle, le plus important étant de rester en interaction avec son œuvre. Il cherche notamment à éviter l’opacité et la nuance dans la sérigraphie. Nours accumule les détails, cette précision met en valeur son travail. Tout est géométrique, on esquive les contours et on met en valeur les motifs. Il admet que la sérigraphie est récemment devenu un phénomène de mode car facilement accessible. Son esthétique et son dynamisme est attrayant mais cela ne représente que la « partie visible de la sérigraphie ». La pratique demeure complexe pour les non-initiés. Il faut savoir rester ordonné et aligné tout en se démarquant de la concurrence. Prendre une direction différente des autres artistes est primordial, mais il est nécessaire d’être rigoureux et propre dans chacune des étapes de la sérigraphie, deux qualités indispensables pour être dans le métier. La rencontre va bientôt toucher à sa fin. Il décide de sortir ses archives pour nous dévoiler ses œuvres. « Tabarnak » : discret mais perceptible, le juron typiquement canadien est lâché. Un calque est introuvable mais il réussit finalement à mettre la main dessus. Aucune faille dans son système d’organisation n’a été décelé.

En décembre, nous avons pu admirer ses œuvres graphiques à la librairie Coiffard. Nours a déjà réfléchi à son avenir professionnel, l’idéal serait d’avoir un espace chez lui entièrement consacré à la sérigraphie. Plus tard, il souhaiterait se lancer dans la micro-édition avec la production d’affiches et de papeterie, et pourquoi pas collaborer avec d’autres sérigraphes.

Clément Rocher et Mathilde Lucas