L’Invasion des Mites


Depuis 2014, la place Graslin abrite un repère de mites, ou plutôt d’une mite. Plus créative que dangereuse, la Grosse Mite prône une sérigraphie abordable par tous, en témoignent Rathur et Grossemain Bluerabbink, membres de l’association.

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La naissance d’un mythe

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Éclats de rire. Complicité. Au 9 Rue Bouffon, à deux pas de la Place Graslin, l’atmosphère est détendue. C’est dans un garage aménagé en atelier que Grossemain Bluerabbink et Rathur se retrouvent pour partager leur passion, la sérigraphie. Si leurs parcours professionnels divergent, la sérigraphie les rapproche. Cette pratique tendance, qui se développe de plus en plus à Nantes, Rathur l’explique par la mode du DIY (Do it yourself) et la facilité de l’apprentissage de la technique.

« C’est addictif, une fois qu’on sait en faire, on a envie de sérigraphier partout. Sur l’ordinateur, les murs, la maison… Partout ! Depuis que j’ai mon atelier, c’est plus motivant de devoir sortir de chez soi pour sérigraphier. Et puis à force, mon appartement ressemblait à une scène de crime !» 

Pour son complice, Grossemain Bluerabbink, la sérigraphie est le résultat d’une procédure unique et minutieuse.

« C’est un produit qui se vend bien. C’est signé, numéroté et personnalisé. Les gens aiment l’authenticité donc forcément, les artistes s’y intéressent de plus en plus. C’est une forme de luxe, les acheteurs peuvent facilement acquérir une petite collection. »

Retour en arrière. Influencé par le mouvement Old School, Rathur se souvient s’être toujours intéressé aux affiches de concert. Frank Kozik. Jean-Luc Navette. Dernier cri. Le sérigraphe les admire et s’en inspire. Après avoir étudié l’illustration narrative et le graphisme publicitaire, le jeune homme n’a pas été séduit par l’idée de travailler des packagings de produits.

« J’ai abandonné cette idée. Ça ne me ressemble pas de créer des packagings de paquets de céréales. Je préfère innover et créer mes propres dessins sur différents supports. »

Sans contrainte et libre, Rathur a fait de son atelier son propre univers, personnalisable à l’infini. Le sérigraphe a découvert cette pratique par simple curiosité, en s’intéressant aux affiches artistiques. Les techniques graphiques que ses études lui ont enseignées, ont donné à ce passionné de dessin l’envie de tester cette technique d’impression et d’acquérir son matériel de base. Dessinateur dans l’âme, la prophétie s’est matérialisée quand l’artiste a travaillé, à la suite des ses études, dans un magasin qui imprimait l’ensemble de ses visuels en sérigraphie. Ses séjours aux États-Unis, plus précisément à San Francisco, lui ont permis de rencontrer de nombreux passionnés de sérigraphie. Depuis, Rathur a fait de cette forme d’impression une part importante de sa vie, jusqu’à ouvrir sa propre boutique en ligne, Brain New et de créer son atelier en Mars 2015. Le sérigraphe propose une sélection de motifs dessinés par ses soins et sérigraphiés dans son atelier. Handmade.

mites 3Psychédélique. À la différence de Rathur, Grossemain Bluerabbink est attiré depuis son plus jeune âge par les affiches des années 70, so hippie. Son objectif est d’atteindre ce niveau de création et de talent. Le sérigraphe s’inspire également de son allié, « le grand Rathur », qu’il considère comme un modèle à suivre.

Rock’n’roll dans l’âme, Grossemain Bluerabbink est à la recherche de l’indépendance à travers ses œuvres. L’artiste, qui ne se destinait pas du tout à la sérigraphie, a vu son destin basculer lors de sa première expérience professionnelle. Du BEP Traitement des eaux, au Bac professionnel Vente en passant ensuite par un BTS Communication des entreprises, le passionné de dessin se découvre un talent en étudiant les arts graphiques. Révélation. Grossemain Bluerabbink souhaite alors devenir graphiste et se dirige vers un Bac professionnel en Communication graphique.

Une rencontre change la donne. Lors de sa première expérience professionnelle l’artiste est amené à faire son stage pour un sérigraphe. Hasard ? Peu importe, c’est le coup de cœur. Plus rien ne peut l’arrêter. Le passionné de dessin fabrique alors sa propre presse.

Incarner une mite

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Parquet recouvert. Baignoire tâchée de peinture. Grossemain Bluerabbink a fait de son appartement un véritable atelier depuis quatre ans, à défaut de ne pas avoir encore son atelier.

« Mes placards font office de chambre noire. Mes toilettes me permettent de sécher les écrans. En tant que sérigraphe amateur, je cherche des astuces. C’est beaucoup de récupération, même si Rathur est beaucoup plus doué que moi pour le bricolage. D’ailleurs, il finit par passer plus de temps à bricoler qu’à sérigraphier. Il m’étonnera toujours, sacré Rathur ! Faire de la sérigraphie chez soi c’est avant tout savoir se servir de ses mains, avoir du temps et… aimer nettoyer ! ».

Une chose est sûre, le propriétaire sera ravi à la fin du bail…

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Accessible à tout un chacun, la sérigraphie ne nécessite pas forcément de posséder l’ensemble du matériel onéreux, selon les deux complices qui soutiennent l’idée que faire de la sérigraphie c’est rendre un dessin unique tout en le diffusant au plus grand nombre. Cette méthode d’impression donne un coté exceptionnel aux créations des artistes, qui se rapprochent du statut de l’œuvre d’art et de la photographie, de par la procédure de la chambre noire. Les illustrations ont un grain, une texture particulière, ce qui les rend authentiques. Les supports utilisés par les deux amis sérigraphes sont divers et variés et donnent un caractère particulier à chaque création. Bois. Verre. Métal. Tissu. Papier. Tout devient support. L’imagination est sans limite avec la sérigraphie qui devient un moyen d’expression.

« Pour que la sérigraphie soit rentable, il faut en faire plusieurs. », affirme Grossemain Bluerabbink. L’artiste craint les accidents pendant la procédure, car les ratés se ressentent sur le budget. « C’est un stress constant. J’ai peur de rater une étape et de devoir tout recommencer sur du nouveau matériel. Mais les accidents arrivent de moins en moins. Il faut acquérir une certaine technique, après c’est un automatisme. » Et la technique, les deux amis l’ont.

DSC_0264Transformés en mites. C’est au cours d’un vernissage que le collectif La Grosse Mite a repéré un certain talent, une imagination débordante ainsi qu’un grand sens de l’humour, chez les deux futures mites. Recrutant des adhérents en vue d’une future invasion sur la ville de Nantes, La Grosse Mite a convaincu les deux sérigraphes à rejoindre son association, née il y a deux ans, et à défendre sa cause. Faire des trous ? Non… pas que. L’association a pour objectif de mettre en relation différents artistes avec des lieux d’exposition afin de promouvoir leurs talents au grand public.

Une amitié est née. La Grosse Mite a permis aux deux artistes de se rencontrer et de partager leurs connaissances en matière de sérigraphie. Dotés tous les deux d’un humour décalé, les deux mites apprécient travailler ensemble, même s’ils passent « plus de temps à déconner qu’à sérigraphier », confie Grossemain Bluerabbink. Pour les deux sérigraphes, une chose est sûre, sérigraphier c’est avant tout prendre du plaisir et s’éclater entre mites. Grossemain Bluerabbink est formel sur ce point, ses œuvres sont le reflet de son esprit : décalées et humoristiques et l’artiste ne souhaite pas changer de style. Pas folle la mite ?

Manon Margérard et Claire Zuliani