Dans l’antre du Kraken


Plongez dans les profondeurs de l’atelier Kraken, non pas une créature mythologique mais un collectif d’artistes qui déploie ses tentacules autour de la sérigraphie.

Après quelques minutes seulement, le décor est planté. Kraken, ce ne sont pas des pros. Ils sont là pour se faire plaisir, « faire une activité entre potes qui fait du bien ». Une fois l’atelier, ou plutôt le garage ouvert, ils allument instinctivement le poste CD. Sur un fond sonore, aussi éclectique que la bande, l’aventure Kraken peut commencer. Bon, on commence surtout par une tasse de café accompagnée de viennoiseries. Pas d’obligation, les différents membres viennent quand ils peuvent. Kraken c’est une dizaine de membres. Il y a Mathieu, alias Mute, Élodie, mais elle préfère Élo, Margot, Aline, Julie, Joss, Amande, Anne-C, Fanny, Vivien, Maël, Gab, Grand Ben et Julien, alias Jujob. C’est ce dernier qui a créé le collectif. Jujob, un fédérateur associatif parmi les clissonnais. Tous travaillent en lien avec un grand nombre d’associations de Clisson ; la PMU (Petite maison utopique) et le Bouillon, dont Jujob fait également partie, mais aussi Étrange Miroir, Clisson Passion et le monde des Barons Perchés.

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 Collectif de débrouillards

Toutes ces collaborations, elles se retrouvent sur les murs de l’atelier. Des affiches, bouts de papiers et cartons, sont éparpillés aux quatre coins du garage. Ambiance grenier de mémé. Meubles de récup’, étagères blindées de papiers, encres, cadres, racles et outils en tout genre. Élodie nous montre une affiche du collectif Appelle Moi Papa, « ça c’est ce qu’on voudrait réussir à faire plus tard ». Mais dans l’esprit Kraken on ne se prend pas la tête. L’objectif premier était de faire et de découvrir la sérigraphie. Aujourd’hui, ils sont dans une logique de transmission. Ils puisent leur motivation dans le challenge, le défi. Celui de se diversifier, de « se recycler, se mettre en danger » comme nous explique Mute. La plupart des membres de Kraken n’ont pas de formation artistique. Mais tous ont une sensibilité pour l’art. Ce qu’ils aiment dans la sérigraphie c’est le fait que chaque pièce soit unique. Retour à l’artisanal, au fait-main. La sérigraphie, c’est un processus long, qui implique parfois quelques loupés, mais qui conduit principalement à une grande satisfaction du travail fait soi-même. À commencer par le matériel. Grâce à leurs amis Matthieu, le menuisier, Nico, l’éléctronicien et Grand Ben le bricolo, membre d’honneur, Kraken peut se vanter d’avoir du matos fait-maison. C’est ça aussi l’esprit Kraken, le bricolage et la bidouille. On se sent comme à la maison dans ce joyeux bazar.

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Kraken, krakra, krakage

Changement de CD. Musique plus rythmée. On se met au travail. Aujourd’hui encrage de tentacules sur collants, ça promet ! Ça danse dans l’atelier, on échange des sourires, la bonne humeur est reine. Mais au fait, pourquoi Kraken ? Le Kraken c’est cette créature légendaire, une sorte de calmar géant faisant chavirer les navires. Et qui jette de l’encre, comme en sérigraphie. Mais Kraken, ce n’est pas juste une histoire d’encre. Kraken comme « krakra, krado ». L’association ne fait pas toujours les choses de façon très propre. Kraken comme krakage. Ils expérimentent, parfois ça marche, parfois non. D’ailleurs, chez Kraken on ne dit pas sérigraphier mais « krakener ». Pas de pression pour les « krakenisateurs et krakenisatrices », s’il y a ratage, on recommence. Depuis 2012, date de la création du collectif, ils en ont appris des choses. À force de tentatives, leur technique s’améliore. Maintenant, ils partagent leur savoir-faire, avec tous ceux qui le veulent.

Kraken essaie de s’adapter aux nouvelles tendances. Élodie aimerait tester une encre qui change de couleur en fonction de la chaleur, « ça pourrait être cool sur un t-shirt ». Le sujet sera discuté en réunion. Chez Kraken, comme dans toute association, il y a une hiérarchie mais pas de vote. Le collectif fonctionne sur le model du consensus. « Chaque parole est prise en compte et débattue », nous explique Mute, le président de l’association, « jusqu’à ce que tout le monde soit d’accord ».

L’envie de transmettre

Kraken ne passe pas inaperçue dans Clisson. La porte du garage, grande ouverte, attire la visite des plus curieux. Dédé le boucher passe régulièrement saluer le collectif. Il en a vu des choses dans son village depuis qu’il s’y est installé en 1948, mais « ça change, ça anime le quartier ». Un de leur projet est de pouvoir acquérir, ou fabriquer, du matériel transportable pour se déplacer à la rencontre des gens. Car le garage est trop petit pour les visites de classe.

Les deux premières années, ils ont principalement fait de l’encrage sur t-shirt, pour répondre à des commandes. Et notamment sur les festivals de leurs copains, Le rêve du Loup ou Smöll. Et comme chaque année, le collectif sera présent pour le Hellfest. Mais le côté répétitif et commercial de l’encrage sur t-shirt commence à lasser l’association. Attention, Kraken est une association à but non lucratif. Comme le dit Anne-C : « on a jamais fait ça pour l’argent. Le but c’est pas de se faire des tunes ». Leur véritable motivation : travailler ensemble. Ils ont déjà fait un fanzine en commun. Chaque membre s’était occupé d’une page. Plus facile de travailler ensemble sur un fanzine que sur une affiche. Plus récemment, ils ont recommencé. Cette fois, sur un calendrier. Ici, c’est le collectif qui fait battre le cœur du Kraken.

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On peut définir Kraken en quatre mots: partage, échange, transmission, collaboration. Un nouveau projet avec Étrange Miroir et différentes associations clissonnaises mettra en valeur les moulins présents en bords de Sèvre. Leur volonté de transmission ouvre les portes de l’association à tous. Tout le monde peut faire partie de Kraken et venir sérigraphier avec eux. En retour, il faut adhérer à leur esprit de clan, de bande, de collectif. Chaque membre apporte son univers à l’association, comme si chacun représentait un tentacule du Kraken.

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Charline Garnier et Marie Ringenbach