La Ménagerie Rock


La Buse et le Rat, fable de La Fontaine ? Plutôt deux fondus d’impression artisanale, à l’univers rock n’ roll et à l’esprit débrouillard. Tout ça dans le bocage vendéen.

Barbes, tatouages et franc parlé ; Ray Ban pour l’un et grosses bagues pour l’autre, le look de Seb et Tom ne dénote pas avec leurs posters rock. Passionnés de musique et de concerts, les deux membres de La Buse et le Rat ne manquent pas d’aborder très vite ces deux sujets. Tom, en parlant de la salle yonnaise Le Fuzz’Yon, où il est « rarement déçu par les concerts, contrairement à certaines grandes salles où le son est dégueulasse ». Seb, après avoir joué quelque temps dans un groupe nantais il y a plusieurs années, remonte aujourd’hui un projet musical : Le Neurone. « Parce qu’on oublie les morceaux d’une heure à l’autre ! ». Sous la raclette de sérigraphie, la musique est toujours présente. Seb et Tom signent principalement des affiches de concerts, et mettent leur talent au service de groupes qu’ils apprécient, comme Swervedriver ou Fat White Family. Les posters du genre sont une mode constante, intemporelle. « Cette culture plaît autant aux ados qui squattent leurs chambres, qu’aux adultes à la recherche d’affiches plus pointues », remarque Seb. Produisant tantôt des affiches officielles ou des hommages, les créations du collectif sont en tout cas empreintes de références musicales. Parmi leurs petits succès, on trouve une affiche à l’effigie de Lemmy Kilmister, le regretté chanteur de Motörhead. Mais en sérigraphiant des posters rock, les deux membres de La Buse et le Rat sont loin de suivre une simple mode. Ils cherchent avant tout à s’amuser et stimuler leur créativité. Et s’il y a quelques ratés, ils en rigolent. Ainsi, lorsque Tom évoque La Bonne Épouse, une affiche assez provocante qu’il a produite seul et qui n’a pas bien marché, Seb rétorque avec humour : « Alors là, je me désolidarise totalement ! Je n’étais pas là au moment des faits ».

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Un côté déconneur que l’on retrouve jusque dans la description de leur page Facebook : « La Buse et le Rat c’est avant tout deux sinistres individus. Une micro-édition enfouie dans les vastes prairies humides et marais fétides du grand ouest ». Car si les deux artistes sont régulièrement de passage à Nantes, ils n’en restent pas moins attachés à leur campagne d’origine, dans les environs de La Roche sur Yon. Dans un lycée du coin, Seb est professeur de graphisme. Tom, lui, y étudiait les arts graphiques. Le quadra n’est pas novice en sérigraphie, technique d’impression qu’il a déjà pratiquée dans sa jeunesse étudiante. Au fil des discussions avec Tom, alors son élève, l’envie de s’y remettre prend le dessus. De là naît La Buse et Le Rat, duo de sérigraphes ambulants.

« Nous sommes des SSDF »

La rencontre avec le duo ne s’est pas faite à La Roche, dans un atelier, mais à Nantes, dans un café. Et pour cause, « nous sommes des SSDF, des sérigraphes sans domicile fixe ! », plaisante Tom avant d’ajouter que cette situation, assez « galère », les oblige parfois à organiser leur production autrement. « Généralement on doit tout faire en une journée, on prévoit tout à l’avance quand on trouve un endroit pour produire ». C’est pourquoi les deux artistes travaillent la plupart du temps dans le garage de Tom, ou à La Bonneterie à Rezé, en compagnie de Parades, collègues sérigraphes. L’impression artisanale reste avant tout une passion qu’ils exercent en aval de leurs activités professionnelles. Pas question pour eux d’abandonner leur travail : « c’est un choix de vie trop galère, on est jamais sûrs financièrement, et l’argent pourrait casser notre idée de départ, l’esprit créatif de notre projet ». La Buse et Le Rat se réclame d’une sérigraphie dite « de festival », alternative et « low cost », qui s’en sort avec les moyens du bord. Pour s’offrir une production originale du duo, il faut compter une vingtaine d’euros. « Maintenant que Lemmy est mort, on pourrait vendre l’affiche plus cher ! », plaisante Seb.

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Ragondins baltringues

Si le collectif est basé à La Roche, ses œuvres s’exportent pourtant en région nantaise, au Stéréolux, au Lieu Unique ou à la librairie Coiffard. Impliqué dans la vie artistique de cette ville, Tom y a accompli plusieurs stages, notamment chez Ben Guillet, le linograveur des Editions de L’Etau. La Buse et le Rat participe également au festival de sérigraphie KRAFT, qui a lieu chaque année fin avril. L’occasion de retrouver quelques confrères comme les membres de PAN!, Parades ou encore L’Atelier du Grand Chic. L’art de la sérigraphie s’est implanté à Nantes, et le duo n’hésite pas à profiter de la visibilité que la ville peut lui offrir. Mais Seb et Tom n’en restent pas là. Ils ont pour projet d’ouvrir un atelier fixe à la Roche sur Yon, afin de créer un lieu artistique dans la ville de Napoléon qui, jusqu’ici, reste pauvre en espaces d’arts. « On voudrait un atelier commun où chacun s’autogère, et où l’ambiance est amicale », explique Seb, « le Rat ». Cela serait aussi l’occasion d’ouvrir le monde de la sérigraphie, qui reste trop concentré à Nantes, selon Tom, « la Buse ».

A l’origine, la distinction entre les deux animaux n’était pas définie, et surtout, pas nécessaire. C’est parce que Justine et Pierre, membres de Parades, on appelé Tom « la Buse », que Seb s’est trouvé être le rongeur. En témoigne sa peau, désormais tatouée d’un rat grignotant une raclette de sérigraphie. « Pour notre nom, on avait d’abord pensé à quelque chose comme “Les Editions du Ragondin Baltringue”, mais c’était un peu long », expliquent-ils. Le sens derrière « La Buse et le Rat », ce n’est qu’un détail. Au moment d’aborder le sujet, ils se lancent dans une explication, racontent une anecdote impliquant des rapaces chassés par le chien de Seb, des rats dans une maison… Avant de conclure en souriant : « de toute façon, on s’en fout ! ». Aucun doute, ces deux-là sont loin d’être de « sinistres individus ».

Louise Berrotte et Salomé Giraudet