Parades par toi-même


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Le Do It Yourself est la philosophie de vie de l’atelier Parades depuis sa fondation en 2013. Situés à la Bonneterie de Rezé, Justine Lepiez et Pierre Verdon forment un duo complice et complémentaire dont l’objectif est de fournir une sérigraphie haut de gamme.

À Rezé, la Bonneterie est un espace dans lequel se côtoient neuf structures aux compétences disparates. L’ancienne usine de fabrication de vêtements en maille héberge un univers artistique et artisanal teintée de rires francs, d’odeurs de thé fumant et d’épluchures de mandarines. À la fois collègues, colocataires et amis, les relations entre collectifs sont inqualifiables et varient selon les projets en cours de chacun. La bonne entente est palpable et forme le cadre dans lequel évolue l’atelier Parades.

Pédagogie, commandes et créations

« Parades, c’est se rendre un peu beau pour charmer les gens. Ces motifs que nous produisons, c’est pour embellir les choses. C’est ça notre travail : on embellit les images avec la sérigraphie, mais ce n’est pas prétentieux. On vend des affiches, mais juste pour montrer ce que nous faisons », telle est la réponse de Justine Lepiez et Pierre Verdon lorsqu’on leur demande d’expliquer le choix du nom de leur collectif. Les deux membres fondateurs de Parades ont créé leur association en janvier 2013 afin d’atteindre trois objectifs précis « une activité de pédagogie sur la sérigraphie artisanale, la transmission de nos savoir-faire, ensuite l’activité de commandes auprès d’associations, d’artistes, de collectivités publiques, commandes sur tissus et papiers. Enfin, les créations de l’association ». Pour y parvenir, leur meilleure arme est sans conteste la mise en commun de leur volonté. Justine et Pierre forment un duo soudé une complicité à toute épreuve. Chaque geste de l’un est complété par l’autre, chaque réponse est commencée par l’un et finie par l’autre. Parades est un duo en bloc.

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La débrouille pour unique option

Ce projet commun est né de deux volontés distinctes. À la suite de ses études en arts plastiques, Justine souhaite faire du papier peint. De son côté, Pierre s’intéresse à la sérigraphie, une technique à laquelle il s’est initié aux beaux-arts, « on s’est dit qu’on pourrait peut-être associer un peu les deux et voir ce que ça fait ». Après de nombreuses recherches, la technique à la lyonnaise – étaler un rouleau de papier ou de tissu sur une table de dix mètres – apparaît comme étant la plus simple façon de faire du papier peint en sérigraphie. Mais la théorie ne suffit pas, l’expérience s’impose pour parfaire la pratique de chacun. Fin 2009 et alors qu’ils sont déjà engagés aux ateliers du Bitche, ils lancent PAN!, un atelier associatif dans lequel chacun travaille en tant que bénévole afin de se former à l’impression sur papier. Leur soif d’apprendre les pousse à entreprendre, quelques années plus tard, une expérience dans des ateliers de sérigraphie à l’étranger. Pierre poursuit son apprentissage dans un atelier écossais qui pratique l’impression sur papier peint et textile pendant que Justine s’envole pour l’Australie, dans un atelier de design textile. De retour en France, la débrouille est leur unique option. Sans atelier ni production, les subventions sont inenvisageables. Justine et Pierre décident d’économiser et fondent Parades. Leurs relations deviennent un appui de taille. Ils s’allient au collectif de sérigraphes et d’amis Appelle-moi Papa afin de partager un local, la Bonneterie. « Eux avaient déjà un peu d’expérience, ils venaient juste de se mettre en SCOP donc ils avaient eu un prêt. Nous, on avait du temps et l’expérience d’un lieu collectif. On a mixé un peu tout ça ». En partageant des projets professionnels communs et à force d’entraide, cet atelier partagé a accéléré le développement de Parades. « L’un des salariés de Nâga [un autre collectif installé à la Bonneterie] c’est le trésorier de notre association maintenant, il nous a filé plein de coups de main administratifs, en gestion et en comptabilité »

Haut de gamme

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L’atelier Parades s’engage pour une sérigraphie responsable. Le collectif accorde une grande importance à fournir une production de qualité à tous les niveaux. Cela passe en premier lieu par le choix de supports haut de gamme. « Haut de gamme, ça veut dire soit du papier souvent en partie recyclé et avec des fibres dedans, ça c’est le beau papier qu’on utilise, et le textile c’est souvent du coton pur ou du lin pur ». Ce souci qualitatif force la portée écologique de leurs travaux. En plus d’utiliser des supports respectueux de l’environnement, Parades n’utilise que des encres dites propres. « Ce n’est pas zéro produits chimiques, mais on a le droit de les rejeter dans l’égout par exemple, contrairement à plein d’autres produits avec solvants. On travaille avec des produits sans solvant et les encres se sont vachement améliorées depuis dix-quinze ans ». Dans une telle démarche, le souci du coût de production est secondaire. La priorité est donnée aux conditions de travail. Parades refuse le fonctionnement industriel qui tend à la surproduction d’articles éphémères. Le collectif produit à son échelle, « tout notre travail est géré par deux personnes donc ça fait que tous les produits qu’on imprime sont faits à l’échelle de deux personnes, donc on ne va pas être dans une surproduction, on va rester sur des petites échelles, des petites quantités ». Aux antipodes d’une usine, l’atelier produit peu, des articles dont le coût est un investissement rentable dans le temps, chaque production étant destinée à être utilisée plusieurs années. L’autonomie, c’est ce que vise Parades, et à travers elle, l’épanouissement.

Elodie Malaty et Oumar Sow